Thème de recherche
- Acronyme: MuBAT
- Pays du projet: Bénin et Cameroun
- Budget: 41.450
- Durée (mois): 24
Coordination de projet
Centre Interfacultaire de Formation et de Recherche en Environnement pour le développement Durable (CIFRED).
Partenaires
Institut régional de santé publique Comlan Alfred Quenum (IRSP), CDTLUB de Pobè, Université d’Abomey-Calavi, Laboratoire d’Ecologie et de Management des Ecosystèmes Aquatiques (LEMEA), Département de Microbiologie de la Faculté des Sciences de l’Université de Yaoundé I, Centre Pasteur du Cameroun, CREMER -IRD Centre de Recherche sur les Maladies Emergentes, et Reemergentes, Inserm.
Objectif principal
Élucider le rôle des chiroptères dans l’écologie de Mu afin d’identifier un éventuel mode de transmission non aquatique.
Résumé du projet
L’ulcère de Buruli (UB), causé par Mycobacterium ulcerans (Mu), est la troisième mycobactériose la plus fréquente après la tuberculose et la lèpre. Elle touche principalement l’Afrique de l’Ouest et Centrale, où elle constitue un problème majeur de santé publique, entraînant des ulcérations cutanées invalidantes. Depuis une décennie, le nombre de cas notifiés a nettement diminué en Afrique, mais les raisons de cette baisse restent largement inexpliquées.
Les travaux menés par notre consortium au Bénin, au Cameroun et en France ont permis d’implanter des laboratoires de diagnostic moléculaire (CDTLUB de Pobè et CPC de Yaoundé) et de suivre l’évolution de la présence de Mu dans l’environnement. Jusqu’en 2013, l’ADN de Mu était détecté dans près de 90 % des sites aquatiques endémiques du Bénin, avant de disparaître progressivement, tandis qu’au Cameroun les taux de détection sont passés de 10 % en 2010 à 0 % en 2024. Ce paradoxe, disparition de Mu dans l’environnement aquatique malgré la persistance de cas humains, suggère l’existence d’un réservoir ou d’un mode de transmission alternatif.
En Australie, le rôle de mammifères (possums) a été mis en évidence dans l’écologie de Mu. Inspirées par cette hypothèse, nos équipes ont recherché au Bénin l’ADN de Mu dans les fèces de mammifères sauvages et domestiques. Seuls les chiroptères se sont révélés positifs. Une étude pilote conduite à Akonolinga (Cameroun) a confirmé cette observation : deux chauves souris frugivores portaient l’ADN de Mu, alors que les prélèvements aquatiques associés étaient 7 négatifs. Ces résultats préliminaires indiquent que les chiroptères pourraient constituer un réservoir méconnu de Mu en Afrique.
Le projet MuBAT (Mycobacterium ulcerans in BATs) vise à élucider le rôle des chiroptères dans l’écologie et la transmission de Mu dans deux zones historiquement endémiques (Ouémé au Bénin et Akonolinga au Cameroun). Quatre campagnes de capture de chiroptères frugivores et insectivores seront menées. Les échantillons biologiques (écouvillons rectaux et buccaux, urine, ectoparasites, lésions cutanées) seront analysés par qPCR pour détecter les signatures moléculaires de Mu. Les échantillons positifs seront ensuite séquencés et comparés aux génomes cliniques déjà disponibles, permettant d’explorer la diversité génétique et les liens épidémiologiques entre isolats humains et animaux.
Le projet comprend également la création d’une biobanque accessible à la communauté scientifique et utilisable pour d’autres pathogènes cutanés négligés, comme Mycobacterium leprae. Il adopte une approche intégrée One Health, à l’interface entre santé humaine, animale et environnementale.
Les retombées attendues sont multiples : (i) une meilleure compréhension des modes de transmission de l’UB, ouvrant la voie à de nouvelles stratégies préventives adaptées aux contextes locaux ; (ii) le renforcement des capacités techniques et analytiques des laboratoires du Bénin et du Cameroun ; (iii) la formation de jeunes chercheurs (Masters, doctorat) ; (iv) une diffusion scientifique via des publications et congrès internationaux ; (v) des documents de vulgarisation et de plaidoyer pour les communautés, décideurs et partenaires internationaux (OMS). En mettant en lumière un réservoir potentiel jusque-là ignoré, MuBAT pourrait apporter un changement de paradigme majeur dans la compréhension et la maîtrise de l’ulcère de Buruli en Afrique.